Qualité des matières premières

Qualité des matières premières et élevage éthique : pourquoi investir dans des pratiques responsables ?

Publié le 29 juillet 2026

Temps de lecture 5 minutes

Introduction

L’ensemble des Maisons de Luxe sont concernés par le sujet de la qualité des matières animales : laine, cuir exotique ou non, plume, soie, miel autant de matières plébiscitées par ces dernières.

En plus d’un enjeu éthique, il s’agit désormais d’un levier stratégique pour préserver la qualité produit, sécuriser les filières et maîtriser l’image de marque.

Au niveau européen, la directiveCSRD (issue du Green Deal européen) sur le reporting de la durabilité des entreprises impose la publication d’informations sur le bien-être animal.

Toutefois, les Maisons n’ont pas attendu cette réglementation pour s’emparer du sujet. En 2019, LVMH publiait sa Charte relative au bien-être animal tandis que Kering partageait ses Standards sur le bien-être animal afin de partager leurs bonnes pratiques en matière de développement durable.

La qualité des composants garantissant la haute qualité finale du produit et la satisfaction du client, la question des conditions d’élevage est donc primordiale pour les Maisons de Luxe. Il s’agit aussi bien d’un enjeu opérationnel, réglementaire, que d’image de marque.

Par exemple, concernant les conditions d’élevages, compte tenu : 

  • qu’il y a une forte tension sur le marché des cuirs rares et de la laine, 
  • et que les animaux stressés sont plus assujettis aux maladies et peuvent décéder pendant l’élevage,

Il convient donc pour les marques d’embarquer l’ensemble des acteurs de leur chaîne d’approvisionnement dans la mise en place de pratiques d’élevage respectueuses et durables, afin de réduire ces taux de décès via différents leviers d’actions (alimentation, courant d’air, amplitudes fortes des températures, taux d’ammoniac, taux de CO2, taux de particules dans l’air, etc.). 
 

Cuir : des conditions d’élevage qui façonnent la qualité des peaux

Dans le cas du cuir, les conditions d’élevage sont particulièrement importantes. En effet des taux de stress pouvant entraîner des décès, des conditions inadaptées ont un impact direct sur la qualité des peaux :

  • Des montées de veines visibles sur la peau (lorsque l’alimentation n’est pas adaptée ou lorsque la température de l’alimentation administrée n’est pas adéquate, lorsque la qualité de l’air n’est pas convenable) au moment du processus Wet Blue en tannerie, voire dès la réception des peaux en brut.
  • Des rides (lorsque les animaux n’ont pas assez de place pour s’allonger ou se déplacer, dans les parcs notamment) 
  • De même, un animal ne se blessant pas, n’ayant ni piqûre de parasite ou de teigne présentera une peau de meilleure qualité.  

Si, les processus de tannage permettent de couvrir une partie de ces défauts, plus la peau est marquée, plus le besoin en traitements est important, ce qui génère des coûts supplémentaires. Il est ainsi fréquent de donner un aspect grainé aux cuirs présentant des défauts importants.  
Or, une tannerie aura des coûts logistiques nettement plus élevés pour ces cuirs avec un retour sur investissement plus faible, car ils se vendent moins cher. Ce constant s’applique également aux cuirs exotiques (crocodiles, pythons, autruches…).

Dans le cadre du processus suivant celui de découpe du cuir, une peau présentant le moins d’imperfections possible permettra de limiter les chutes et donc la quantité de déchets produits par la marque. 

Laine : qualité et rendement au cœur des élevages

Concernant la laine, comme évoqué plus haut, il s’agit d’un marché en forte tension, notamment pour le cachemire, l’angora, l’alpaga ou la vigogne, matières très prisées par les Maisons. 

De même que pour le cuir, la qualité et la quantité de laine produite dépendent fortement des conditions d’élevage. Un animal évoluant dans un environnement adapté produit une laine plus abondante et plus fine, selon Loro Piana. 

Pour le cachemire, les producteurs se situent essentiellement en Inde, au Pakistan, en Chine et en Mongolie. Pour l’alpaga et la vigogne, c’est au Pérou, en Argentine, Bolivie et Chili. La vigogne produit la laine la plus fine au monde, autrefois réservée à la royauté Inca. 

Une vigogne est tondue une seule fois tous les trois ans, les chèvres de cachemire, une seule fois par an, en mai.  

Selon l’institution El Mundo Alpaca, la production de laine peut augmenter de 20% à 25% chez les vigognes et alpagas quand l’animal vit dans un environnement apaisé. L’élevage responsable devient ici un levier clair de rentabilité pour la filière. 

Soie : entre tradition et innovation éthique

La sériciculture, ou l’élevage des vers à soie, s’exerce depuis près de 4500 ans. Aujourd’hui les vers bombyx mori sont élevés pour produire la soie. Un kilogramme de cocons (soit 3000 cocons) donne 200 grammes de fil de soie. La récolte s’effectue une fois le cocon formé, en ébouillantant les cocons pour récupérer plus facilement la fibre. Le fait d’ébouillanter des vers pourrait être perçu comme contraire à l’éthique de certains clients avec des répercussions potentielles sur l’image de la marque.  

Toutefois, en 2015, une nouvelle technique d’élevage a été mise au point. Cette technique consiste à dresser les vers, en les éduquant pour tisser leurs fils de soie selon un modèle souhaité. Les vers vivent leur vie naturellement, mutant en papillon et étant ensuite relâchés. Cette approche est prometteuse sur le plan éthique, mais son impact sur la qualité de la soie reste à démontrer. 

Miel : protéger les abeilles, c’est préserver une ressource précieuse

Sans abeille pas de miel. Or, le miel est un produit précieux est utilisé dans la cosmétologie et la parfumerie. La problématique de la disparition des abeilles est déjà bien connue. De nombreuses Maisons ont d’ailleurs installé des ruches sur les toits de leurs locaux. Depuis les quinze dernières années, des initiatives pour protéger les abeilles se sont lancées également soutenues par les Maisons de Luxe. Le World Bee Day en fait partie, très activement soutenue par Guerlain, par exemple. 

Conclusion

Adopter des pratiques d’élevage responsables permet de préserver les ressources, sécuriser les filières, et améliorer le rendement à long terme. 

De plus, cela permet de limiter les risques d’image de marque. En effet, les scandales révélés par des associations comme L214 ont permis de remettre en question les méthodes d’élevages et d’abattages de l’ensemble des filières. Ces révélations ont indirectement amélioré les marchés du cuir et de la laine en écartant les acteurs n’étant pas disposés à entreprendre des démarches de bien-être animal. 

Ainsi, Chanel a arrêté sa filière crocodile, en partie par rapport aux problématiques de manque de traçabilité.

En plus d’optimiser la qualité produit et les process, l’élevage éthique devient un facteur de confiance, à la fois pour les clients et pour les partenaires.

Si les conditions d’élevage influencent directement la qualité des matières animales, encore faut-il être capable de mesurer cet impact et d’agir sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. C’est précisément le rôle de la traçabilité, qui dépasse aujourd’hui les seuls enjeux réglementaires pour devenir un véritable levier de performance, de pilotage de la qualité et de sécurisation des filières.

Retrouvez notre publication sur LinkedIn.

Vous avez un projet ?

Discutons de vos ambitions et voyons comment notre expertise peut accélérer votre transformation.