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IA et Data : le défi de l’industrialisation après Big Data & AI 2026

Publié le 21 septembre 2026

Temps de lecture 6 minutes

Pendant plusieurs années, les discussions autour de l’IA ont largement porté sur les modèles : leur puissance, leurs performances ou encore leur capacité à générer du contenu toujours plus convaincant.

À Big Data & AI Paris 2026, le débat semble avoir évolué. Les échanges observés tout au long du salon montrent que de nombreuses organisations sont désormais confrontées à une problématique différente : comment passer de l’expérimentation à un usage réellement opérationnel de l’IA ? Les POC se multiplient depuis plusieurs années. Les technologies sont disponibles. Les cas d’usage existent. Le défi devient désormais celui de l’industrialisation. Et à mesure que l’IA gagne en autonomie, les fondamentaux Data reviennent au premier plan.

De l’assistance à l’action : l’IA devient opérationnelle

L’une des tendances les plus marquantes du salon concerne l’émergence de l’IA agentique.

L’objectif n’est plus uniquement de permettre à un utilisateur d’obtenir une réponse via une interface conversationnelle. Les nouveaux dispositifs présentés vont plus loin : ils sont capables d’interagir avec plusieurs sources d’information, de mobiliser différents outils, d’exécuter certaines tâches et d’agir au sein des processus métiers. Cette évolution marque une rupture importante. L’IA ne se limite plus à assister l’utilisateur. Elle commence progressivement à participer à l’exécution des opérations.

Plusieurs démonstrations ont illustré cette évolution, notamment dans le domaine du support IT, où des agents peuvent exploiter la documentation interne, les historiques d’incidents et les procédures existantes pour qualifier une demande, identifier une solution ou orienter un utilisateur vers le bon interlocuteur. Au-delà du gain de productivité, ces dispositifs permettent également de mieux capitaliser sur les connaissances de l’entreprise et de réduire la dépendance à certaines expertises individuelles. Mais une question apparaît immédiatement : que se passe-t-il lorsque l’information utilisée par ces agents n’est pas fiable ?

Plus l’IA devient autonome, plus la Data devient stratégique

Pour les acteurs du Luxe et du Retail, cet enjeu prend une dimension particulière. Données produits, référentiels clients, stocks, catalogues, contenus ou encore historiques de vente constituent autant de sources mobilisées par les nouveaux usages de l’IA. Leur fiabilité, leur fraîcheur et leur contextualisation deviennent donc déterminantes pour permettre aux agents et aux applications IA de produire des réponses réellement exploitables par les métiers. L’industrialisation de l’IA pourrait ainsi accélérer un mouvement déjà engagé : faire de la qualité et de la gouvernance des données non plus un sujet de fondation technique, mais un véritable levier de transformation business.

C’est sans doute le fil conducteur de cette édition 2026. Qu’il s’agisse d’IA agentique, de RAG (Retrieval-Augmented Generation) ou d’interfaces conversationnelles, la même problématique revient systématiquement : la valeur générée dépend directement de la qualité des données et des connaissances mises à disposition. Longtemps considérée comme un sujet technique ou organisationnel, la Data Quality devient aujourd’hui une condition de réussite des projets IA. Un agent ne peut prendre une décision pertinente que si les informations qu’il consulte sont à jour.

Un système RAG ne peut fournir une réponse fiable que si les contenus qu’il mobilise sont correctement structurés et contextualisés. Une IA ne peut interpréter correctement un indicateur métier que si sa définition est claire et partagée.

La question n’est donc plus uniquement : « L’IA sait-elle répondre ? » Mais davantage : « S’appuie-t-elle sur la bonne information, la bonne version et le bon contexte métier ? »

Cette problématique était particulièrement visible dans les nombreuses approches présentées autour des couches sémantiques, du RAG et de la gestion des connaissances d’entreprise. L’enjeu n’est plus seulement de construire un modèle performant. Il consiste à rendre le patrimoine informationnel exploitable par ce modèle.

La gouvernance devient un facteur de confiance

Cette montée en puissance de l’IA explique également le retour d’un sujet parfois perçu comme contraignant : la gouvernance de la donnée. Avec la multiplication des usages, les entreprises doivent désormais maîtriser les risques associés à l’IA, garantir la traçabilité des informations utilisées, documenter les règles de gestion et assurer la conformité de leurs dispositifs.

La gouvernance n’apparaît plus uniquement comme un sujet réglementaire. Elle devient un facteur de confiance. Et sans confiance, il devient difficile d’envisager un passage à l’échelle.

Ce constat était omniprésent sur le salon. Derrière les démonstrations technologiques, les sujets de qualité des données, de référentiels, de documentation et de maîtrise des usages étaient souvent au cœur des discussions.

Observer l’IA pour mieux la piloter

Autre évolution marquante : l’émergence de l’observabilité appliquée aux systèmes d’IA.

Jusqu’à présent, l’observabilité concernait principalement les environnements IT ou Data. Désormais, les organisations cherchent également à suivre le comportement de leurs applications IA.

  • Quels usages sont réellement adoptés ?
  • Quels agents sont utilisés ?
  • Quels coûts sont générés ?
  • Comment évoluent les performances du service ?
  • Quelles interactions créent réellement de la valeur ?

L’IA produit désormais ses propres données d’usage. Et ces données deviennent à leur tour un actif exploitable.

Les approches présentées autour de l’observabilité montrent ainsi que la BI et l’analytics ne servent plus uniquement à piloter l’activité métier : elles commencent également à piloter l’IA elle-même.

L’IA simplifie l’accès à la donnée, pas sa structuration

Cette évolution se retrouve également dans les plateformes Data et BI. Plusieurs acteurs ont présenté des approches permettant d’interroger les données directement en langage naturel. L’objectif est clair : rendre l’accès à la donnée plus fluide et plus accessible pour les métiers. Mais ces démonstrations ont également mis en évidence un point essentiel.

Une interface conversationnelle ne remplace pas le travail de structuration de la donnée. Pour qu’une IA puisse répondre correctement à une question métier, elle doit comprendre précisément ce qu’est un indicateur, comment il est calculé et dans quel contexte il doit être interprété. L’IA facilite l’accès à la donnée. Elle ne supprime pas le besoin de référentiels, de définitions partagées et de gouvernance.

Industrialiser l’IA suppose aussi de maîtriser ses coûts

Enfin, plusieurs échanges ont rappelé que derrière les promesses de l’IA se cachent également des enjeux beaucoup plus concrets. Le choix de l’infrastructure, la localisation des données, la souveraineté technologique, les besoins en puissance de calcul ou encore la maîtrise des coûts deviennent des critères de plus en plus structurants. Les sujets FinOps gagnent en importance à mesure que les usages se développent.

Les entreprises ne s’interrogent plus uniquement sur ce qu’il est possible de faire avec l’IA. Elles cherchent aussi à comprendre dans quelles conditions ces usages pourront être maintenus et généralisés à grande échelle. Les discussions autour des infrastructures cloud, de l’open source ou encore du HPC (High Performance Computing) illustrent cette évolution. L’industrialisation de l’IA est autant un sujet technologique qu’un sujet économique et opérationnel.

L’IA progresse, les fondamentaux Data reviennent au centre

Cette édition 2026 de Big Data & AI Paris confirme une tendance forte : l’IA entre dans une nouvelle phase de maturité. Les innovations les plus marquantes ne concernent plus uniquement les modèles eux-mêmes. Elles portent sur les conditions qui permettront de les exploiter durablement : qualité des données, gouvernance, observabilité, connaissance métier, infrastructure et maîtrise des coûts. L’IA devient plus autonome, les agents deviennent plus puissants, les usages deviennent plus concrets.

Mais un paradoxe émerge : plus les capacités de l’IA progressent, plus les fondamentaux Data deviennent stratégiques. Le véritable défi n’est peut-être plus de construire des modèles toujours plus performants. Il est désormais de construire l’environnement Data, organisationnel et technologique qui permettra à ces modèles de créer durablement de la valeur.

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