Comment l’hôtellerie de Luxe s’appuie sur des démarches durables pour se différencier et renforcer son attractivité ?
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Sous l’effet conjugué de nouvelles attentes clients — 83 % des voyageurs plébiscitent aujourd’hui les hébergements durables, selon Booking.com —, des contraintes réglementaires et d’une prise de conscience globale, le secteur de l’hôtellerie de Luxe et premium connaît une transformation profonde.
La prise en compte de l’environnement et de la durabilité dans la stratégie de positionnement n’est plus un simple argument marketing. Elle devient un levier stratégique de différenciation, de renforcement de la marque, de création de valeur et d’attractivité, tant pour les clients que pour les talents.
Quels sont ces nouveaux services et ces offres développés par l’hôtellerie de Luxe et comment ces démarches s’intègrent-elles dans la stratégie globale de marques renommées ?
- Le segment hôtelier de Luxe (incluant les palaces, marques ultra-premium et 5★ haut de gamme) incarne les normes les plus élevées en matière de service et d’expérience et s’adresse à une clientèle ultra-haut de gamme, souvent VIP et internationale en leur proposant des services ultra personnalisés, restaurants gastronomiques, spa de luxe, etc.
- Ce segment génère une part significative du chiffre d’affaires global de l’hôtellerie, généralement estimée à ~15 %–25 % du marché hôtelier mondial en valeur.
- En 2024–2025, le marché mondial des hôtels de Luxe (comprenant les établissements haut de gamme, 5★, hôtels ultra-luxueux et services premium) est généralement estimé entre ~100 et 170 milliards USD en termes de revenus annuels selon diverses études de marché.
Les principaux enjeux de durabilité du secteur hôtelier
Climat : un enjeu systémique
L’empreinte carbone de l’hôtellerie de luxe se répartit entre émissions directes (scopes 1 et 2) et émissions indirectes (scope 3), avec des leviers d’action très différents selon les postes de dépenses énergétiques.
Les scopes 1 et 2 couvrent principalement les consommations d’énergie liées au chauffage, à la climatisation, à l’eau chaude sanitaire et à l’électricité des bâtiments.
Dans des établissements où cohabitent blanchisseries, cuisines gastronomiques, spas et piscines, ces usages constituent à la fois un poste majeur d’émissions et un centre de coûts significatif, pouvant représenter jusqu’à 10 % des charges opérationnelles.
Rénovation thermique, pilotage intelligent des équipements, recours aux énergies renouvelables : ces leviers permettent d’agir directement sur l’empreinte climatique des hôtels, en même temps que de contribuer à la réduction des dépenses opérationnelles.
A titre d’exemple, le Mandarin Oriental indique dans les communications ESG du groupe, avoir réduit ses émissions carbones opérationnelles de l’ordre de 30 % sur la dernière décennie, principalement via l’amélioration de la performance énergétique de ses établissements.
Le scope 3 quant à lui, qui inclut notamment les déplacements des clients et les achats de biens et services, en particulier la restauration, peut représenter une part qui reste prépondérante dans les émissions totales. C’est aussi le périmètre le plus complexe à maîtriser, car il dépend largement de choix partagés avec les clients, les fournisseurs et l’ensemble de la chaîne de valeur. Les établissements peuvent donc déployer des stratégies plus systémiques : incitation au slow travel et aux séjours plus longs, évolution des offres proposées au sein des menus – davantage végétariennes ou bas carbone-, partenariats avec des filières agricoles locales et biologiques, ou encore sélection de fournisseurs engagés.
Pour reprendre notre exemple précédent, le groupe du Mandarin Oriental identifie ainsi les achats et la restauration comme des postes majeurs de son scope 3 et fait évoluer ses politiques fournisseurs pour réduire l’empreinte carbone de l’ensemble de sa chaîne d’approvisionnement. Signe que la transition climatique du luxe hôtelier ne se joue plus seulement dans les murs des établissements, mais bien dans tout leur écosystème.
Eau, ressources maritimes & biodiversité
La gestion de l’eau est un enjeu critique, surtout pour les hôtels 5 étoiles, qui peuvent consommer jusqu’à 1 500 litres par jour et par chambre. Dans les zones sous tension hydrique (à la fois en ce qui concerne les quantités d’eau potable disponible mais également la qualité de l’eau), la durabilité peut même devenir une condition d’acceptabilité du tourisme.
De nombreuses solutions existent : récupération des eaux de pluie, détection de fuites, équipements hydro-économes… Les établissements côtiers peuvent également participer à la protection des récifs, ou à la meilleure gestion des rejets pour préserver les ressources marines tout en renforçant la pérennité économique de la destination.
L’exemple des hôtels Six Senses illustre cette approche, avec des programmes de réduction des déchets plastiques (interdiction des plastiques à usage unique), traitement de l’eau rejetée et création d’aires marines protégées en partenariat avec des entités locales. (Source : Site de six senses).
La biodiversité, autre enjeu majeur de notre époque alors que nous subissons la sixième extinction de masse d’espèces, devient un actif stratégique. De nombreux hôtels de luxe implantés dans des environnements sensibles comme des espaces protégés, s’engagent pour limiter voire tenter de compenser les impacts de l’activité humaine : reforestation, jardins endémiques, refuges pour espèces locales, partenariats avec ONG/chercheurs, etc.
Ces initiatives sont souvent intégrées à l’expérience client, qui devient alors acteur de la préservation, et non simple spectateur : activités pédagogiques encadrées (visites naturalistes, restauration de milieux, sciences participatives), chartes de comportements responsables, ou encore contributions volontaires intégrées au séjour… Tous les moyens sont bons pour que le client participe à son échelle à la protection de la faune et de la flore locale.
Circularité et gestion des ressources
La mise en œuvre de pratiques circulaires (tri et/ou de valorisation des déchets, lutte contre le gaspillage alimentaire, upcycling, usage de mobiliers reconditionnés ou produits avec des matériaux responsables, etc.) réduit l’impact environnemental tout en renforçant l’identité et le storytelling des établissements.
Par exemple, le Ritz Paris transforme sa vaisselle cassée en bijoux, ses tissus d’ameublement en accessoires et redistribue ses compositions florales, montrant que les déchets peuvent devenir une source de revenu, sans altérer l’exclusivité.
Le volet social et territorial
Le rôle à jouer de l’hôtellerie de luxe s’inscrit également dans le respect des aspects social et territorial de son écosystème. L’emploi local, la formation, les partenariats avec des artisans et producteurs, ainsi que le soutien aux filières locales permettent aux hôtels de partager la valeur créée avec les communautés locales, de participer au développement du territoire et de renforcer l’authenticité de l’expérience client.
Le Groupe Accor, par exemple, mise sur ces leviers pour ancrer ses hôtels dans l’écosystème économique local. Cette approche favorise à la fois le développement du territoire et l’acceptabilité sociale du tourisme haut de gamme.

Comment adresser opérationnellement ces enjeux ?
La durabilité ne se limite pas à des intentions. Elle repose sur des fondations opérationnelles solides, combinant gouvernance claire, ownership opérationnel des sujets et outillages performants.
Cela passe notamment par la mise en place de systèmes IT et de solutions de pilotage (EMS, outils de reporting carbone, solutions de traçabilité amont des achats, audit des fournisseurs, etc.).
Une gouvernance claire
La mise en place d’une gouvernance structurée constitue un facteur clé des démarches durables dans l’hôtellerie de Luxe. Elle permet de passer d’initiatives isolées à une trajectoire cohérente, suivie dans le temps à l’aide de quelques indicateurs clés, tels que les émissions carbone par nuitée, la consommation d’eau par client ou la part d’achats responsables.
À titre d’exemple, Accor a intégré des objectifs ESG dans la gouvernance de ses marques premium, avec un pilotage centralisé et des indicateurs suivis au niveau de chaque hôtel (Accor ESG Report 2023).
Le groupe indique par ailleurs que plus de 90 % de ses hôtels premium et luxe sont engagés dans une démarche de labellisation environnementale.
La donnée au cœur de la décision
Pour agir efficacement sur la stratégie durable — en particulier sur le climat et le scope 3 — la collecte et l’exploitation des données sont essentielles. Les établissements de luxe les plus avancés s’appuient sur des solutions IT permettant de suivre la traçabilité des produits, d’analyser l’empreinte carbone des fournisseurs et d’intégrer ces éléments dans le pilotage des achats et de la restauration.
Le Meurice a par exemple mis en place un outil permettant d’identifier l’origine des produits, les pratiques agricoles associées et leur empreinte carbone, transformant la donnée en levier opérationnel de réduction d’impact.
De plus, le déploiement de systèmes intelligents de gestion des bâtiments et de l’énergie (Building management system, Energy management system) permet de générer des économies financières significatives tout en réduisant les émissions.
Valoriser ses engagements et renforcer la relation client
Selon une étude Deloitte Travel & Hospitality 2023, 67 % des clients haut de gamme déclarent que les engagements responsables d’un hôtel influencent positivement leur perception de la marque, à condition qu’ils soient intégrés de manière fluide à l’expérience.
Les établissements utilisent de plus en plus la donnée client pour valoriser leurs engagements de façon ciblée : préférences alimentaires bas carbone, fréquence de changement du linge, expériences locales responsables.
Le CRM devient ainsi un levier opérationnel à part entière. Dans le luxe, l’enjeu n’est pas d’informer massivement, mais de personnaliser.
Dans ce contexte, la labellisation constitue également un outil structurant pour la communication externe. Des labels français ou internationaux tels que Clef Verte, EarthCheck, GSTC ou ISO 14001 apportent un cadre méthodologique et une crédibilité reconnue. Leur efficacité repose toutefois sur l’appropriation des exigences, la priorisation des actions et la conduite du changement. Intégrée à la stratégie globale, la labellisation devient un véritable levier de transformation.
Conclusion
La durabilité s’impose désormais comme un levier de performance pour l’hôtellerie de luxe. Les établissements engagés ne se contentent pas de réduire leur impact environnemental : ils renforcent leur attractivité client, leur marque employeur et leur rentabilité. Selon le Global Sustainable Tourism Report 2023, ces démarches peuvent générer jusqu’à 12 % de revenus supplémentaires, tout en réduisant les coûts opérationnels.
Enfin, le Luxe durable ne fonctionne que s’il est désirable. Design, gastronomie, expériences et ancrage territorial transforment les engagements en valeur perçue. Les clients y sont attentifs : 67 % déclarent être influencés par les actions responsables de leur hôtel.
Le Luxe de demain ne sera pas seulement plus spectaculaire. Il sera plus cohérent, plus responsable et plus durablement attractif.
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